[IRLJDR] Retour sur le crossover Bazingcast / Proxijeux

Vous le savez, puisque vous êtes des lecteurs attentifs, le taulier vous a promis du nouveau pour la rentrée …

Et bien, la rentrée rôlistique a commencé fort puisque j’ai eu l’opportunité, grâce à mon ami Krillin de participer au crossover entre Bazingcast et Proxijeux, avec en invité Croc.
La page wikipédia vous parlera mieux de moi du monsieur, et je vous suggère de jeter une oreille à l’épisode ici ou pendant que vous lisez l’article histoire de comprendre mieux de quoi je vous entretiens.

Cryptage et décryptage donc. Si vous avez l’impression que je vide mon sac, vous n’avez peut être pas tout à fait tord. Je suis sortie un peu frustrée de l’émission, et c’est certainement l’une des raisons qui ont expliqué ma retenue lors de l’enregistrement : si le sujet a à peine été défloré, impossible de creuser et de débattre des points vitaux du JDR avec l’homme qui nous est présenté comme l’une des sommités du JDR français.
Après un kebab bien mérité pour les carnivores, nous descendons dans la cave de l’Apéro du Capitaine, qui combine plusieurs caractéristiques : être en sous sol, avoir une décoration à la fois amusante, discutable, et graveleuse, plein de matériel partout, des gros micros bien classes et des chaises avec plus ou moins de pieds.  Inutile de vous dire que la température va monter, mais pas à cause de la discussion – les 12 m2 sans aération y seront peut être plus pour quelque chose.

Le plan était simple : interroger Croc sur le jeu de rôle et sur le jeu de plateau. Je ne m’appesantirais pas sur la partie jeu de société, puisque dans cette turne on cause de JDR, mais ça vaut aussi le coup d’œil d’oreille.
Inutile de vous dire que j’avais préparé une liste de questions longue comme le bras, scrupuleusement notée de mon écriture illisible du commun des mortels dans mon cahier de MJ. Des débuts techniques difficiles sont énonciateurs de la soirée : le son merdouille, et ça commence plutôt doucement.
A ma première (et quasiment unique) question sur « (…) qu’est ce qui pousse les gens à faire du JDR ? » la réponse de Croc manque un peu de piquant : on cherche à quitter la réalité dans laquelle on est, et vivre quelque chose de différent, et d’avoir un but pour la discussion. Un échappatoire, et lorsqu’on a 14 ans et qu’on est en conflit avec ses parents, on se met au JDR parce que c’est moins cher. Mais bon sang ça sent le vécu.
Soit.
Pour avoir commencé le JDR dans ces eaux là, et n’ayant pas eu une adolescence malheureuse, je ne cherchais pas à tout prix à m’échapper de mon quotidien. Et j’ai fait ma première partie de jeu de rôle avec mon géniteur (avec ses bouquins de Donjons&Dragons de sa jeunesse !), mes frangins et un ami de l’époque qui voulait être maître du jeu.

La remarque de Croc sur l’aspect trans-générationnel du JDR est intéressante à creuser un peu :

Pourquoi serait-il impossible de faire du JDR avec des gens qui ne sont pas de la même génération ? L’exemple qu’il a pris, le sien, est mal choisi. Il ne maîtrise plus pour son fils, parce que ça fait maître d’école. Oui, très bien. L’histoire ne dira pas si la possibilité de jouer avec son fils, au même niveau – en tant que joueur, lui a traversé l’esprit.
Pour en revenir à la question intergénérationnelle, je pense que fondamentalement – en plus d’être faux, c’est absurde.
Je m’explique : je partage des tables avec mes amis, qui modulo une dizaine voire une quinzaine d’années près le même âge que moi. Mais je partage aussi des tables avec des personnes qui étaient déjà adulescentes quand j’étais occupée à diviser mes premières cellules et j’ai déjà partagé une table avec des joueurs nettement plus âgés que moi, de la génération de mes géniteurs à un an près sans que ça pose un problème. Pourquoi ne pourrait-on pas faire de JDR avec des gens plus vieux ? Ou plus tard des gens plus jeunes ? (Oh marrant, mais ça, on en a pas parlé…)

Se priver d’une expérience différente, apportée par des regards, des personnalités et des expériences de vie, sous prétexte « qu’on a pas les mêmes délires », je trouve ça un peu réducteur. Comme de dire que les soirées JDR, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé de se parler et de s’intéresser aux autres personnes présentes. Hum. Hum. Hum.
Mais je m’égare.
Une dimension fondamentale  du JDR qui n’a pas été abordée dans le podcast c’est la notion de limites : la seule limite, c’est l’esprit.
Sauf qu’à la différence d’un livre, dans un JDR cette limite est partagée au sein d’un collectif. Le MJ, les joueurs, combinés à l’univers et à son système de règles contribuent justement à triturer ces limites de l’imagination. Je ne vais pas vous en faire des tartines sur la contrainte créative, je vous ferai certainement un article là-dessus si vous voulez, mais je trouve que c’est absolument fondamental. C’est l’imagination qui fait la différence – et pour certains la supériorité même – du JDR vis-à-vis de tous les autres jeux.
Les contraintes sont connues, fixées par le jeu en lui-même et par le maître du jeu, et même s’il aimerait bien que son scénar soit suivi à la lettre par des joueurs obéissants … tout le reste depuis la façon d’interpréter les personnages (même si ça peut être le cas pour le personnage entier, justement, lors d’une création de perso) jusqu’à l’histoire, et la façon d’appréhender les situations sont la résultante du jus de cervelle des humains présents lors des parties.
Le JDR est ce que l’on appelle en psychologie un espace transitionnel : on peut expérimenter « faire des choses », et en retirer un vécu ou une expérience sans avoir réellement/concrètement  « fait » ladite chose. J’ai des choses dans mes cartons, donc je n’en dirai pas plus, mais j’étais déçue que cette idée fondamentale soit passée à la trappe en ce début d’émission.

J’ai encore des milliers de choses à vous raconter sur ce podcast…La suite bientôt !

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10 Réponses to “[IRLJDR] Retour sur le crossover Bazingcast / Proxijeux”

  1. Ya qu’un L à Krilin. (en français)

    Nous on a un peu déballé aussi dans les commentaires de Radio Rôliste, qui a passé 40 mintues à commenter notre épisode. Je voulais pas cracher dans la soupe, mais bon au bout d’un moment quand les gens me disent « mais pourquoi » je suis bien obligé de raconter l’envers du décor.

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’aspect transgénérationnel du jdr. Déjà tu oublies que si on est adulte de (?) 25 à 50 ans (?), à 16 ans tu ne fréquentes pas de mecs de 14 ou 18 ans. Donc c’est transgénérationnel vers la fin surtout. Mais tu es bien placée pour savoir que globalement, les gens de 30 ans fréquentent des gens de 30 ans, ceux de 22 des gens de 22, etc. C’est pas pour rien, c’est une question de gouts, de maturité commune. Donc globalement, à part pour les joueurs qui en font en club comme on fait du sport, les gens vont faire du jdr avec des gens de leur age, de leur milieu sociopro, parce que ce sera les gens les plus susceptibles de vouloir jouer comme eux.

    Et puisque tu parles d’esprit, si en tant que vieux sage tu es intéressé par l’aspect relationnel, psychologique, dialogue avec les PNJs, tu seras p-ê frustrée de jouer avec des jeunes chiens fous de 22 ans qui veulent juste lancer des grenades incendiaires dans des manoirs japonais.
    (d’ailleurs étonnamment, plus mes joueurs deviennent vieux plus ils deviennent chiants à balancer des grenades).

    • Salut Krilin,
      Je pense que le terme « transgénérationnel », c’est un peu pompeux. Et pourtant, j’ai fait littéraire ET art.

      Comme tu le dis, on sent bien que le monsieur à son avis et point-barre. Et si le monsieur aurait fait sa diva et un « Face Heel Turn » en cas de tentative d’approfondissement et de débat, je reconnais qu’il y a là une dilemme.

      Cela dit, à 26 ans, je joue avec deux ados de 15 et 14 ans. Apparemment, jusque là, ça leur plait. Certes ils ont moins aimé certaines parties « dialogue », mais je ne perd pas espoir et modère le style et le ton afin d’obtenir un compromis entre mes grandes aspirations narratives et leurs motivations. Ils ne sont aussi pas très bavards, mais j’impute ça à leur statut de grands débutants, et nous savons que les langues se délient avec le confort dans le jeu.

      Bref, je pense que c’est aussi plus un problème de relationnel, de mise en forme et de thème que de génération.
      Il n’y a pas de formule secrète et j’imagine qu’on retrouve les mêmes problématiques que dans un groupe équilibré en âge, mais exacerbées. De façon amusante, j’imagine que les parties sur forum ne rencontrent pas du tout ce problème.

    • Han cette attaque à ma RH intérieure :p
      Blague à part, oui, clairement – les ados que je fréquente sont mes cousins. Ce qui ne m’empêcherait pas de jouer avec eux si l’occasion se présentait (j’les vois pas des masses). C’est la différence entre les gens qui jouent dans des clubs ou des associations et ceux qui considèrent que c’est comme de faire des podcasts, une excuse pour passer du temps ensemble.

      Les grenades ne m’emmerdent pas, les lance-grappins, c’est autre chose. Pour le coup, j’ai plus d’attentes (et donc de frustrations) vis à vis des systèmes de jeu depuis que je joue vachement plus.

  2. Yop !

    Sur l’aspect plus ou moins « intergénérationnel » du JdR, je ne peux pas trop me prononcer, mais je pense quand même qu’après une phase d’initiation de son gamin, c’est peut-être normal de le laisser jouer avec ses potes, pour qu’ils aient leurs délires à eux, loin du regard des parents. Je pense que c’est plus la dimension parents/ enfants que adultes/ados qui joue ici. Et rien n’empêche que les deux se retrouvent plus tard, quand la chère petite tête blonde aura un peu gagné en maturité.

    Concernant Croc, il est comme il est, mais je dois dire qu’un des aspects très intéressants de l’émission était qu’il dévoile un peu l’envers du décors, les histoires de sous, la réalisation d’un jeu… Un débat « persos pré-tirés vs persos crées de A à Z par les joueurs » aurait sans douté été un peu moins intéressant, puisque déjà traité 20000 sur le net.

    • B. ! Quel plaisir !
      Il y a évidemment une question d’éducation et le débat se pose aussi pour le jeu de société (mais dans une moindre mesure au début). Pour le coup, le côté « pas de géniteur/trice en MJ » ça ne me choque pas plus que ça, mais si on élargit un peu le débat – ce qui était mon propos ici- je trouve qu’on passe à côté de quelque chose. J’ai joué avec mon géniteur, au même niveau, d’ailleurs, quand j’étais plus jeune et je partagerai avec plaisir une table avec lui si l’occasion se présentait.
      Anecdote marrante, d’ailleurs. Je l’ai croisé l’autre jour dans la rue alors qu’il revenait avec un pack de bière sous la main, il m’a lâché en rigolant un « tu vois, je suis prêt à faire du jeu de rôle ».
      Bref. Je pense qu’au delà de la question du lien de parenté, c’est un affaire d’ouverture d’esprit. Si tu considère que tu ne peux pas être pote avec des gens plus jeunes ou plus âgés, c’est plié d’office ^^
      J’avoue que le côté « le jeu de rôle, c’est moi » ça m’a lourdé un peu rapidement, et j’ai trouvé qu’il n’avait pas été très loin dans la prise de distance « oh, on a besoin de pokémon pour exister, mais sinon le jdr, c’est cool hein ». Mwaif. Je m’attendais à un type un poil plus coulant.
      Qu’est ce que tu as contre le non-débat « pré-tiré VS persos créés par les joueurs » ? 😀

      • « Je l’ai croisé l’autre jour dans la rue alors qu’il revenait avec un pack de bière sous la main, il m’a lâché en rigolant un « tu vois, je suis prêt à faire du jeu de rôle ». »

        Ou un podcast… 😀

        J’ai des potes plus âgés que moi (+ 20 ans à peu près), mais sur ce coup là c’est plutôt eux que je vois mal faire du jdr…

        Et pour le débat pré-tiré/pas prétiré, j’ai rien contre, c’est juste qu’il déjà été beaucoup traité. Puis il y a des sujets plus intéressants, plus essentiels, plus constructifs : vache vs zombie, hippopotame vs éléphants, Linux vs Windows, Apple est-il le diable (bon, celui-là la réponse est oui, évidemment),…

        Autant de questions importantes sur lesquelles on se penche trop rarement.

  3. J’ai joué de longues années au JdR. J’ai croisé quelques fois Croc dans une boutique à Versailles. J’ai gardé l’image d’un homme imposant bien sûr, fier de son fait et certain de son savoir. Je ne peux pas dire que je l’ai trouvé très sympathique mais j’ai énormément de respect pour l’homme qui a écrit, produit et réalisé tant de contenu pour le JdR et le jeu en général. Et le fait qu’il continue ses œuvres (au sens large) est bienvenu.

    Maintenant, lorsque je jouais, j’étais dans un groupe marginal. La norme n’était même pas encore le jeu vidéo – alors le JdR, ouhla ! Ca rendait fou !!

    Dans le podcast, ils évoquent d’ailleurs plusieurs fois l’épisode de Carpentras et la campagne médiatique de Mireille Dumas. Il faut donc bien comprendre que le joueur de JdR était alors un pariah. Et que Croc comme d’autres ne pouvaient réussir que s’ils faisaient preuve de personnalité et d’une sorte d’ambition.
    Donc nous jouions et grandissions entre nous – on s’estimait déjà chanceux d’avoir une boutique dans notre ville, d’avoir des livres traduits dans notre langue natale. Alors cette promiscuité, cet environnement restreint était par essence non-transgénérationnel. Et de fait, il était très compliqué de s’ouvrir aux autres, de faire du jeu une terre d’échange. Les 2-3 salons / conventions de jeux de rôles que j’ai pu faire étaient des moments d’angoisse : va-t-on trouver plus fou que nous ? Plus tricheur ? Plus gothique ? Et même, est-ce qu’on y respirera les mêmes effluves que dans le magasin Games du quartier ?

    Internet est arrivé un peu plus tard pour nous fournir en images, en scénars mais sur des sites, des cercles, obscurs et peu référencés. D’ailleurs l’âge aidant et ce support technologique dématérialisant le partage, je constate que si je m’y remettais aujourd’hui, je ferais des choses totalement différentes.
    Et peut-être, qui sait, jouer avec mes neveux, par exemple 🙂

    • J’ai clairement plusieurs générations de différences avec le Croc (qui doit avoir plus ou moins l’âge de mon paternel à une louche près), donc j’avoue que Mireille Dumas n’a jamais été une influence pour moi et que j’évolue rôlistiquement dans un monde très différent et heureusement – je trouve – moins cloisonné et confidentiel.

      Pourquoi tu ne t’y remets pas ? L’éternel problème du duo temps/motivation ?
      Pour le coup, si j’avais des oncles cools, j’aurais adoré jouer avec eux !

      • Déjà le jeu de société, le jeu de plateau, le jeu de cartes à collectionner et le jeu vidéo me prennent beaucoup de temps. Alors rajouter une louche de JdR, c’est tendax. Ensuite, mes neveux sont encore un peu jeunes 🙂

  4. Il y a pas mal de frustration de notre coté aussi, on n’a pas pu vraiment s’exprimer. Le but était de tirer le maximum de Croc c’est pourquoi je pense que l’on refera un épisode un peu plus accessible et plus personnel autour du JDR. Tu y sera bien sur convié 🙂

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